D3|Okiti de Badou : la foi immaculée d’un peuple passionné
L’athmosphere est lourde à Badou, non pas à cause du climat tropical qui enveloppe cette ville, mais la déception que partagent ses habitants en raison de la position dans laquelle se trouve leur club de coeur, Okiti de Badou…

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, le terrain de Badou vibrait au rythme des confrontations de la deuxième division. Les chants au rythme des tam-tams, les espoirs semblaient annoncer une ascension. Aujourd’hui, c’est une autre réalité qui s’impose : celle d’un club contraint de repartir du plus bas.
« C’est une tristesse. Okiti, c’est plus qu’un club. C’est l’âme de Badou. Le voir descendre, c’est comme si toute la ville tombait avec.», nous confie Koffi Adjeoda, un supporter de longue date, les yeux embués.
Toutefois, la résignation n’a jamais été une option pour ces amoureux du club. Du marché aux écoles, en passant par les buvettes , les discussions tournent toutes autour d’un seul sujet : la remontée d’Okiti. Un désir qui reste intact malgré la chute.
Des jeunes s’entraînent sur un terrain un peu caillouteux, arborant fièrement les couleurs du club. « On veut jouer pour Okiti un jour. La division n’est rien si le cœur est fort », lance Komlan, 17 ans, en plein jonglage.
Dans son salon de coiffure, Joseph, 25 ans, acharné sur la coupe de cheveux d’un client martèle : « Même si on est en D3, je suis fier d’etre toujours un supporter d’Okiti.
Il ajoute : » On ne peut pas abandonner l’équipe maintenant. On doit être plus nombreux que jamais au stade pour les matches. Quand Okiti gagne, mes clients me félicitent, comme si j’étais moi-même joueur. »
Pour Emmanuel Amouzou, jeune enseignant récemment affecté à Badou, cette ferveur autour du club l’a touché : « Je viens de Lomé et je ne m’attendais pas à voir une telle attache à un club local. Ici, même les élèves parlent d’Okiti. Ça montre à quel point ce club fait partie de l’identité de la ville. J’espère que cette passion servira de levier pour reconstruire une équipe forte. »
Le président du comité des supporters, Pascal K. Dossou, insiste de son côté, sur la mobilisation générale : « Si nous, enfants de Badou, ne nous levons pas, personne ne viendra sauver notre club. Cette saison, même en D3, on sera là. On remplira le stade et on soutiendra les joueurs. »
En attendant que le train de la motivation et de la mobilisation embarque les cadres et autorités locales, l’objectif des supporters reste intact : la montée dès cette saison en division supérieure et surtout, redonner confiance à une population meurtrie mais toujours passionnée.
À Badou, la relégation d’Okiti est ressentie comme une blessure collective. Cependant, dans chaque regard croisé, dans chaque mot prononcé, on perçoit une force invisible : celle d’un peuple uni par l’amour d’un club et pour qui, la D3 n’est qu’un détour.
Le chant du retour en D2, résonne déjà dans les têtes et dans les cœurs…
